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Documentation > Le Soleil Montréal
soleil
 

 Une équipe du CHUL, sous la direction du Dr Nicholas Barden, est parvenue
 à découvrir un gène qui prédispose aux dépressions majeures, bipolaires ou
 unipolaires, une découverte qui pourrait transformer les façons de
 diagnostiquer et de soigner cette maladie.

 La nouvelle avait été annoncée en juillet dans un colloque à Vienne et par
 des publications scientifiques, mais elle est passée totalement inaperçue
 de ce côté-ci de l'Atlantique. Le Dr Barden, qui dirige l'unité de recherche
 en neuroscience du Centre de recherche du CHUL, a plutôt tendance à éviter la
 publicité. «Je n'aime pas donner des conférences de presse», avoue-t-il
 simplement.

 Déjà en 2003, il avait annoncé avoir trouvé un gène, mais ce n'est que
 cette année qu'il a publié le résultat de ses travaux et découvert le gène en
 question, P2RX7, qui se trouve sur le chromosome 12.

 «Le plus important dans tout ça, c'est que les maladies mentales ne soient
 plus un mystère, commente-t-il en entrevue. Quand il y a une dépression,
 les gens ont tendance à dire: "Donne-toi un coup de pied au derrière!" Mais le
 fait qu'on ait trouvé une base biologique, ça va changer beaucoup de
 choses.
 C'est quoi la différence entre une mutation dans un gène qui cause le
 cancer et une mutation qui cause un trouble bipolaire? C'est la fin de la
 psychanalyse...»

 Tout le monde possède le gène en question, dit-il, mais c'est une mutation
 de ce gène qui rend certains individus vulnérables à la maladie. On savait
 déjà que les dépressions avaient un caractère héréditaire, mais on peut
 désormais identifier avec certitude un gène responsable de la maladie. Les
 résultats de l'étude du CHUL ont d'ailleurs été corroborés par un centre
 de recherche allemand, le Max Planck Institute of Psychiatry, qui a collaboré
 aux travaux du Dr Barden.

 «Ils avaient déjà un vaste échantillon de plus de 1000 personnes avec des
 dépressions majeures. Une fois qu'on a identifié le gène ici, avec notre
 échantillon de 130 personnes, on a pu chercher dans le groupe allemand, et
 ça nous a permis de confirmer que la même mutation du gène se retrouvait
 autant dans l'échantillon allemand que dans l'échantillon québécois.»

 Le groupe allemand a aussi permis de relier le gène aux dépressions
 unipolaires, alors que le groupe québécois couvrait surtout les maladies
 bipolaires.

 Entre 5 et 12 % des hommes et entre 10 et 25 % des femmes connaîtront au
 moins un épisode de dépression majeure au cours de leur vie. La maladie
 bipolaire, ou maniaco-dépression, se caractérise par l'alternance des
 phases
 d'euphorie et de dépression profonde.

 Ces phases d'euphorie sont absentes de la dépression majeure unipolaire,
 et les travaux du Dr Barden montrent que la mutation du gène ne se retrouve
 que chez 31 % des personnes qui souffrent de ce type de dépression. Ceux chez
 qui on ne retrouve pas la mutation ont donc plus de chances de ne
 connaître qu'un seul épisode au cours de leur vie, alors que les autres ont plus de
 risques de connaître des épisodes répétés.

 Enfin, la dépression ne se développera pas nécessairement chez tous ceux
 qui sont porteurs de la mutation, dit-il. Peut-être que ces personnes ne
 vivront pas un stress intense qui pourrait déclencher la maladie, mais il est
 aussi possible que d'autres gènes jouent un rôle dans cette maladie complexe,
 explique le scientifique.

 Jm Lenoble
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